Johannes Vermeer, La leçon de musique, 1650-1660

La leçon de musique est une huile sur toile peinte par Johannes Vermeer entre 1662 et 1665. Johannes Vermeer est une peintre baroque néerlandais né en 1632 à Delft et mort en 1675 dans cette même ville. Il est rattaché à la Maison d’orange et acquis progressivement une réputation d’artiste novateur notamment pour ses scènes de genre. En 1653, il est admis comme maître de la guilde de Saint-Luc de Delft. Cet élément nous informe sur son apprentissage puisqu’il est d’usage de recevoir une formation de quatre à six ans auprès d’un maître reconnu avant d’acquérir ce statut. 

Dans son tableau, il représente une jeune femme vue de dos prenant sa leçon de musique dans un intérieur bourgeois. Un homme debout à coté d’elle, surement le professeur, la regarde et l’écoute. Il s’agit donc d’une scène de genre éclairée par une lumière naturelle traversant les fenêtres sur le coté gauche du tableau. Cette lumière permet de contempler les objets présents dans la scène. On peut y voir une épinette, une basse couchée sur le sol, une chaise séparant les deux protagonistes ainsi qu’un pichet posé sur la table. On arrive à distinguer une inscription sur l’épinette : « la musique est le compagnon de la joie et la guérison de détresse ». Vermeer nous montre encore une reproduction prodigieuse des matières que ce soit au travers du marbre posé sur le sol rappelant la richesse de la demeure et des propriétaires mais aussi du velours de la chaise et de la soie du tissu qui recouvre la table. Cette scène semble banale, calme et paisible pourtant nous allons voir en quoi met-elle en avant le lien entre la musique et l’amour ?

Nous pouvons encore une fois admettre la bourgeoisie de la jeune élève au travers de la leçon de musique qui n’était pas donnée à toute la population néerlandaise. Comme nous l’avons dit précédemment la scène nous montre toute l’innocence d’une leçon de musique. Cette idée peut être justifiée par la distance évoquée par une chaise entre les deux protagonistes. De plus, l’aspect froid des protagonistes rappelle la rigueur de la leçon.

Mais cette distance sévère se ressent particulièrement entre les protagonistes et le spectateur. Vermeer fait le choix de nous montrer les protagonistes dans un plan éloigné. Pourtant ce sont les personnages principaux, ce qui semble surprenant. Beaucoup d’objets nous font obstacles. On peut noter l’imposante table coupant le tableau à moitié. Mais la chaise contribue aussi à cette séparation dévoilant par ailleurs la basse à ses pieds. Ainsi, par cette disposition l’artiste joue avec l’œil du spectateur pour le tromper. Le spectateur croit voir une scène banale et innocente alors qu’en réalité il s’agit d’une toute autre scène. Plusieurs éléments nous permettent de le comprendre.

Johannes Vermeer, la leçon de musique, 1650-60, huile sur toile 63x73cm, Palais Saint James, Londres. (détail)

Johannes Vermeer, La Leçon de musique, 1650-60, huile sur toile 63x73cm, Palais Saint James, Londres. (détail)

Le premier  est le pichet posé sur la table que l’on suppose être du vin. Cet élément nous informe de l’état d’ivresse des protagonistes. L’état d’ivresse étant une métamorphose de l’état amoureux dans la peinture de Vermeer 

Johannes Vermeer, la leçon de musique, 1650-60, huile sur toile 63x73cm, Palais Saint James, Londres. (détail)

Johannes Vermeer, La Leçon de musique, 1650-60, huile sur toile 63x73cm, Palais Saint James, Londres. (détail)

Le deuxième élément  est la main rapprochée du professeur se dirigeant vers son élève qui marque un moment d’intimité entre les deux personnages. Enfin le dernier et le plus important  est le miroir accroché au dessus de la jeune fille.

Si on le contemple de plus près, nous pouvons remarquer qu’il ne correspond pas à la scène dont nous sommes témoins. C’est une véritable réinterprétation  de la scène. Cela se traduirait par un avant et un après de la leçon de musique. La jeune femme n’est plus concentrée sur son instrument de musique mais est occupée à regarder son professeur. Ainsi, un moment complice nous est présenté au travers de la leçon de musique. De plus, il faut noter que le miroir revêt une double signification aussi bien sur le plan moral que du point de vue de la connaissance. Il caractérise la vision cachée de l’homme et matérialise l’image de l’âme.  En mettant ces éléments en valeur par la lumière naturelle traversant les fenêtres du coté gauche, Vermeer veut représenter une scène truquée qui existerait qu’au travers de l’œil complice du spectateur. Il s’agit en quelque sorte d’une leçon de morale sur les apparences qui peuvent être trompeuses. On s’attend à une scène calme, à un instant de travail, au loisir alors qu’en réalité il serait question d’une scène d’intimité entre l’élève et le professeur. De plus, nous trouvons un lien avec un dogme protestant qui affirme que les images ont un pouvoir dont il faut s’affranchir. C’est donc une mise en garde adressée directement au spectateur, une scène moralisatrice.

Il en est de même pour un autre tableau de Vermeer, Le Concert, peint entre 1663 et 1666.

Dans cette œuvre, l’élément qui nous informe de la volonté moralisatrice est le tableau en haut à droite au dessus de la jeune femme debout. Il s’agit de L’Entremetteuse de Dirck Van Baburen que la belle mère de Vermeer a dû posséder. La scène illustre un bordel avec un luthiste, une vieille dame qui demande de l’argent et un autre homme le client. Toutes ces figures font échos avec celles présentes dans la scène. Le Concert de Johannes Vermeer met en parallèle amour vénal et amour spirituel au moyen de l’intrusion d’un tableau-dans-le-tableau sans qu’il soit possible d’envisager une complicité ou une condamnation.

Pour conclure, la relation étroite entre la musique et l’amour est une question pour Vermeer lorsqu’il peint cette toile, peu de temps après avoir été nommé récepteur de la guilde des peintres de Delft en 1662. Selon le traité d’Augustus datant de 1491, De Musica, largement diffusé en Italie, le thème de l’accord musical renvoie instinctivement à l’harmonie divine qui se décline au XVIe siècle vers les rapports amoureux. La peinture du concert et de l’harmonie prend au XVIIe siècle une signification inédite : elle aboutit chez les artistes à des paraphrases sur la rencontre amoureuse et affiche parfois une implication moralisante comme nous avons pu le voir dans ces deux œuvres de Vermeer.

Mathilde Godet

Webographie:

DECOBERT, Lydie, On n’y entend rien, l’Harmattan, Paris, 2010.

Site de wikipédia sur La Leçon de musique [consulté le 26 avril 2015]

Site de Wikipédia sur Le Concert de Vermeer

WILST, Amandine, Art visuel: arts création, culture [consulté le 26 Avril 2015] 

Cet article, publié dans Etude d'un tableau, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s